J’aimerais vous parler d’une phobie de tunnels qui est partie sans que l’on ait traité la phobie directement. Vous remarquerez aussi lors du suivi à la fin l’effet de généralisation qui est si courant dans l’EFT.

Lors d’un de mes Groupes de Partage, une des participantes (je l’appellerais Marie) a dit qu’elle aimerait travailler sur sa phobie des tunnels. Elle devait partir en vacances en Suisse dans les semaines qui suivaient et n’importe qui ayant déjà voyagé à travers la Suisse sait que ça implique de traverser une bonne douzaine de tunnels. Marie a dit que le simple fait de penser au tunnel du Saint-Gothard (le deuxième tunnel le plus long au monde) la rendait extrêmement anxieuse, au point où elle serait capable d’annuler ses vacances.

Quand je lui ai demandé de s’imaginer face au tunnel elle a dit que son niveau d’anxiété était à un niveau de 10 sur une échelle de 0 à 10. Je lui ai demandé ce qu’elle ressentait physiquement et elle répondit qu’elle avait l’impression d’étouffer, son corps entier était tendu et ses mains moites. Elle a dit aussi qu’elle avait toutes sortes de pensées négatives telles que « Je vais rester coincé dans le tunnel, c’est sombre, je suis enfermée à l’intérieur et je ne peux pas respirer ».

Je lui ai demandé si elle avait déjà ressentit ça auparavant.

Elle répondit : « Je sais quand ma phobie a commencé. C’est depuis que ma mère avait le cancer et qu’elle était malade et mourante. Je me rappelle un incident en particulier à l’hôpital ». Son anxiété à propos de ce souvenir était à un niveau de 9. Nous avons fait quelques rondes sur son anxiété et elle en vint à dire : « Ma mère était très affaiblie et le personnel de l’hôpital n’avait même pas pensé à lui apporter un fauteuil roulant. Ils nous avaient dit de monter à l’étage mais ils s’étaient trompés et nous avons dû redescendre les escaliers. Ma mère était complètement essoufflée. Il y avait aussi un long corridor et un professeur qui m’a impressionnée. J’étais tellement émue que je ne pouvais répondre à ses questions qui étaient pourtant très simples, telles que la date de naissance de ma mère et je craignais ce qu’il pouvait penser de moi » ((la peur de la honte est apparemment l’une des plus grandes peurs avec la peur de la douleur et celle de la mort). Elle disait avoir beaucoup de colère envers les docteurs et la médecine en général. Cette colère était à un niveau de 10.

Note: Vous remarquerez les liens possibles entre sa sensation d’étouffement et l’essoufflement de sa mère ainsi que le corridor et les tunnels.

Alors nous avons commencé à faire quelques rondes :

« Même si je suis en colère parce qu’ils n’ont même pas penser à la prendre en chaise roulante… »
« Même si ils nous ont fait monter à l’étage et que maman ne pouvait respirer… »
« Même s’ils devraient savoir comment mieux traiter les patients… »

Son intensité était descendue à 5 et je lui ai demandé ce qui restait derrière ce 5.

Alors elle a dit: « Je suis si en colère envers son médecin d’avoir été si incapable et irresponsable » alors nous avons fait plusieurs rondes sur :

« Même si son médecin était incompétent et irresponsable… »
« Même si il est censé savoir comment prendre soin de ses patients… »
« Même si il aurait dû mieux s’occuper de maman… »

Après quelques rondes son intensité était encore à 5. Je lui ai demandé si quelque chose de nouveau était remonté et elle a dit « Il ne l’a pas écouté même quand elle lui a dit qu’elle ne se sentait pas bien et je suis très en colère avec lui à ce sujet. »
J’ai senti que, malgré ce nouvel élément, son intensité aurait dû descendre et je me suis demandé quelle pouvait bien être la raison pour laquelle elle s’accrochait à cette colère et que peut-être la vraie raison de sa colère était cachée derrière celle-ci.

Alors je lui ai demandé si c’était le choix de sa mère d’aller voir ce médecin qui était incompétent et n’écoutait rien.

Elle a répondu « Oui, c’est vrai ». Puis je lui ai demandé si elle et sa famille lui avait suggéré d’aller voir un autre médecin. Elle répondit « Et bien oui, maintenant que j’y pense! ».  Je lui ai donc demandé « Et est-ce que votre mère vous a écouté? » elle répondit « Non, elle n’en a fait qu’à sa tête ». A présent son intensité était remontée à 7 et lorsque nous avons recommencé à tapoter j’ai proposé :

« Même si je suis peut-être en colère contre maman parce qu’elle nous a pas écoutés… » et elle acquiesça.

Puis:

« Même si je suis en colère envers elle d’avoir été si têtue car si elle nous avait écoutés et choisi un autre médecin elle serait peut-être en vie aujourd’hui… »

« Même si peut-être je m’en veux d’être en colère envers maman et que je ne m’en accorde pas le droit car elle a souffert et elle est décédée, et bien je m’accepte quand même, car je suis un être humain après tout et je fais du mieux que je peux. »

Ceci a fait baisser l’intensité à 3 et elle s’est exclamé « Je ne m’étais pas rendue compte que j’avais tant de colère envers ma mère! »

Puisqu’il lui restait un peu de colère nous avons tapoté sur:

« Même si je suis en colère contre ma mère de m’avoir abandonné quand j’avais encore besoin d’elle… »  En disant cela, son intensité était remontée à 7, mais cette fois c’était de la tristesse.

Note: La colère cache souvent une grande tristesse. Lorsque la colère est dégagée la tristesse peut faire surface et peut donc être traitée à son tour.

« Même si je sais que c’était son choix de mourir et que je ne peux pas l’accepter… »

Son intensité était de nouveau descendue à 3. Elle a alors commencé à pleurer et quand je lui ai demandé ce qui lui venait elle répondit « J’ai en tête l’image de ma grand-mère et quand elle est morte j’étais si triste. Puis je pense à ma fille ; elle a à peine connu sa grand-mère ». Alors nous avons tapoté :

« Même si j’aurais aimé que Sarah ait une grand-mère… »
« Même si ça aurait été si bien que maman puisse voir Sarah grandir… »

Puis je lui ai demandé : « Est-ce que sa grand-mère lui manque à Sarah? Est-ce qu’elle en souffre en ce moment? » et elle a répondu :
« A vrai dire, non, pas vraiment. Je veux dire, elle a un peu de nostalgie mais elle n’est pas triste lorsque nous parlons de sa grand-mère. C’était simplement moi qui transposait ma tristesse sur elle. »
Quand je lui ai demandé quelle était son intensité à présent elle m’a dit, avec un grand sourire, qu’elle était à 0.

Je lui ai demandé alors de repenser au long corridor de l’hôpital avec le professeur et de me dire si elle ressentait une quelconque intensité.
Elle éclata de rire et dit « Quand je me remémore la scène, le professeur est tout petit! Et il ne m’impressionne plus du tout! »
Son intensité était à 0.

Après m’être assurée que tout était dégagé concernant cet épisode, je lui ai alors demandé de s’imaginer en voiture devant le tunnel du Saint-Gothard et de regarder le trou noir de l’entrée. Puis je lui ai demandé comment elle se sentait.
Elle m’a répondu « Ça va maintenant. Je peux m’imaginer y entrer et même le traverser. Et même si la circulation s’arrête je me dis qu’il n’y a aucun problème car il va reprendre et nous allons de nouveau avancer. »

Son intensité était descendue à 0 même si nous n’avions pas traité sa phobie des tunnels!


Suivi:

J’ai reçu un mail de Marie quelques semaines plus tard:

« Bonjour Christine,

Je voudrais te dire Merci de m’avoir fait découvrir l’EFT.

Lors du Groupe de Partage j’ai laissé venir les choses sans retenue, parce que j’avais confiance et je pense que c’est comme ca que l’on avance, et les résultats sont bien la!

Je suis parti en Suisse comme prévu, et en Suisse il y en a des tunnels… je les ai tous traversés sans angoisse, comme si de rien n’était!
Pourtant, ca fait quelque temps que je travaille le sujet des tunnels. Mais là, j’ai la nette impression que quelque chose s’est passé.

Aussi, ca fait 6 ans que je devais prendre un rendez-vous pour des examens médicaux qui nécessitent une anesthésie générale (même angoisse que les tunnels)
le lendemain de l’EFT, j’ai pris le téléphone et je suis allé au bout !!!

Aujourd’hui tout est passé et TRES BIEN – je l’ai vécu sans aucune angoisse « 

(Lorsque j’ai revu Marie à un autre Groupe de Partage elle m’a dit à ce sujet: « Je serais même prête à recommencer! »)

Alors, encore un grand MERCI!

A très bientôt,
Marie »

A mon tour, j’aimerais remercier Marie de m’avoir fait confiance et d’avoir accepté de partager son histoire avec nous.

Christine Blanchet